Vietnam : la dépendance énergétique, un risque pour la croissance
Longtemps considérée comme l’une des économies les plus dynamiques d’Asie du Sud-Est, le Vietnam est aujourd’hui confronté à de nouveaux risques. Sa dépendance aux importations d’énergie accentue les tensions financières et perturbe les chaînes d’approvisionnement. En avril, les prix des carburants ont fortement progressé. La hausse des coûts de l’énergie, conjuguée aux tensions géopolitiques, met à l’épreuve la stabilité économique du pays.
Pourquoi le Vietnam est particulièrement vulnérable
Le Vietnam est fortement dépendant des importations d’énergie. Environ 80 % de ses approvisionnements proviennent du Koweït et transitent par le détroit d’Ormuz. Si les deux raffineries nationales, Nghi Son et Dung Quat, couvrent près de 70 % de la demande intérieure, elles restent tributaires du pétrole brut importé. Dans le même temps, les capacités de production nationales s’érodent et les réserves stratégiques représentent moins de 30 jours de consommation. Cette combinaison rend l’approvisionnement énergétique du pays particulièrement exposé aux perturbations géopolitiques.
La hausse des coûts des carburants se répercute sur l’ensemble de la chaîne de valeur et alimente l’inflation. En avril 2026, les prix à la consommation affichaient une progression de 5,4 % sur un an, contre 2,53 % en janvier. Le secteur des transports a été particulièrement touché, avec une augmentation des prix de 10 %.
Des chaînes d’approvisionnement sous tension
L’envolée des tarifs du fret et l’allongement des délais de transport mettent les chaînes d’approvisionnement mondiales sous pression. Comme les exportations constituent l’un des piliers de l’économie vietnamienne, le pays est particulièrement exposé. Les coûts du transport par conteneurs ont récemment augmenté d’environ 30 %, tandis que les délais de livraison se sont allongés de trois à quatre semaines.
Le renchérissement des intrants, la volatilité des chaînes d’approvisionnement et les risques de change accentuent la pression financière sur les entreprises. Les coûts logistiques, qui représentent déjà entre 10 et 15 % des coûts de production, pèsent directement sur les marges. Dans le même temps, les marchés financiers réagissent avec nervosité : les capitaux se reportent vers des placements jugés plus sûrs et la monnaie subit des pressions. À mesure que les perturbations se propagent tout au long de la chaîne d’approvisionnement, une meilleure visibilité devient indispensable à chaque étape, en particulier chez les fournisseurs les plus petits et les plus fragiles financièrement.
Entre stabilité et impératif de croissance
Le Vietnam est confronté à une équation délicate : contenir l’inflation et préserver la stabilité monétaire sans freiner la croissance. Le défi est d’autant plus complexe que les prévisions ont déjà été revues à la baisse. Pour 2026, le Fonds monétaire international (FMI) table sur une croissance de 7 %, en deçà de l’objectif de 8 à 10 %. Les autorités réagissent par des allègements fiscaux, des mécanismes de stabilisation des prix et une diversification de l’offre énergétique. De nouveaux partenariats dans le domaine de l’énergie doivent également contribuer à réduire la dépendance aux importations.
Le Vietnam reste un marché de croissance attractif, porté par une base industrielle solide et un potentiel de long terme. À court terme, toutefois, la combinaison d’une forte dépendance énergétique, de la hausse des coûts et des incertitudes extérieures risque d’accroître la volatilité. Dans ce contexte, les entreprises ont intérêt à réévaluer leur dépendance à certains fournisseurs, à diversifier leurs sources d’approvisionnement et à suivre de près la solidité financière de leur réseau de partenaires. Une surveillance des risques fondée sur les données, intégrée aux processus achats et financiers, permet de détecter plus tôt les perturbations, de préserver les marges et d’assurer la continuité des activités.





































